- 11 September 2026
- Le blog de Neuro-Concept
IFESS 2026 : la stimulation électrique fonctionnelle (SEF) au service de la récupération neurologique, de l'activité physique et de la participation sociale.
Par Dre Murielle Grangeon, PhD, Kin, Admin.A.
De la compensation vers la récupération neurologique
Pendant longtemps, la stimulation électrique fonctionnelle (SEF) a principalement été utilisée comme une technologie compensatoire permettant d’assister certaines fonctions perdues, comme la marche ou les mouvements du membre supérieur. Les discussions présentées à l’IFESS 2026 témoignent toutefois d’un changement de paradigme majeur : la SEF est désormais envisagée comme un véritable outil thérapeutique visant à favoriser la récupération neurologique par l’intermédiaire de la neuroplasticité. [ifess.org], [scholarmeet.com]
L’objectif n’est plus seulement de produire un mouvement durant la stimulation, mais de provoquer des adaptations durables du système nerveux. Cette perspective transforme progressivement la place de la SEF au sein des programmes de réadaptation neurologique et renforce son rôle dans les stratégies visant à restaurer les capacités fonctionnelles après une lésion médullaire, un AVC ou d’autres atteintes neurologiques.
Pour les professionnels de la réadaptation neurologique, ce changement de paradigme est majeur. Il place la stimulation électrique au cœur des stratégies visant la récupération plutôt que la simple compensation.
La stimulation spinale au coeur des innovations
Parmi les sujets les plus discutés lors de l’IFESS 2026 Conference, la stimulation spinale, aussi appelée stimulation de la moelle épinière, occupe désormais une place centrale.
Pour comprendre cette approche, il faut savoir que la moelle épinière n’est pas qu’un simple « câble » transmettant les informations entre le cerveau et les muscles. Elle contient également des réseaux nerveux capables de coordonner certains mouvements, comme la marche ou le maintien de la posture. Après une lésion de la moelle épinière ou un AVC, ces réseaux peuvent demeurer partiellement fonctionnels, mais ne plus recevoir ou transmettre efficacement les signaux nécessaires au mouvement.
La stimulation spinale consiste à appliquer de faibles impulsions électriques au niveau de la moelle épinière afin d’augmenter l’activité de ces réseaux nerveux. Selon les cas, la stimulation peut être non invasive réalisée à l’aide d’électrodes placées sur le dos, ce qu’on appelle la stimulation transcutanée, ou au moyen d’électrodes implantées chirurgicalement près de la moelle, appelée stimulation épidurale.
Contrairement à la SEF traditionnelle, qui vise principalement à provoquer la contraction directe d’un muscle pour produire un mouvement, la stimulation spinale agit davantage comme un facilitateur du système nerveux. Elle cherche à rendre les circuits neuronaux plus réceptifs aux informations provenant du cerveau, des muscles et de l’environnement. En quelque sorte, elle aide le système nerveux à mieux exploiter les capacités qui subsistent après une atteinte neurologique.
Les résultats présentés au congrès suggèrent que cette approche pourrait contribuer à améliorer la marche, l’équilibre, le contrôle postural et certaines fonctions des membres supérieurs, particulièrement chez les personnes vivant avec une lésion médullaire. Dans plusieurs projets de recherche, la stimulation spinale est combinée à la réadaptation intensive, à la stimulation électrique fonctionnelle, à la robotique ou à l’entraînement locomoteur afin de maximiser les effets sur la récupération neurologique.
Même si plusieurs de ces technologies demeurent en développement, leur présence importante à l’IFESS 2026 montre que la stimulation spinale est en train de devenir l’un des axes les plus prometteurs en neuroréadaptation. Elle illustre parfaitement le changement de perspective observé lors du congrès : plutôt que de simplement compenser une fonction perdue, les interventions cherchent désormais à réactiver les circuits nerveux impliqués dans le mouvement afin de favoriser une récupération plus durable.
L'essor des approches hybrides
Un autre message fort de la conférence est la disparition progressive des frontières entre les différentes technologies de réadaptation.
De nombreuses présentations ont porté sur des systèmes combinant:
- la stimulation électrique fonctionnelle ;
- les interfaces cerveau-machine ;
- la robotique de réadaptation ;
- les exosquelettes ;
- la réalité virtuelle et augmentée ;
- les capteurs intelligents et le biofeedback. [10times.com]
Ces approches hybrides visent à reproduire des tâches fonctionnelles de façon plus réaliste et plus engageante pour les utilisateurs. Elles offrent également la possibilité de personnaliser les interventions en fonction des capacités et de l’évolution de chaque personne.
L’objectif est de créer des environnements thérapeutiques capables de soutenir la récupération neurologique tout en améliorant l’engagement du patient dans sa réadaptation.
Vers des traitements personnalisés grâce aux systèmes en boucle fermée
Pour les cliniciens, cette évolution laisse entrevoir des interventions plus précises, plus efficaces et mieux adaptées à la variabilité souvent observée chez les personnes atteintes de troubles neurologiques.
Une vision plus globale de la santé
L’édition 2026 a également mis en évidence l’élargissement du champ d’application de la stimulation électrique au-delà des fonctions motrices. Plusieurs travaux ont porté sur:
- les fonctions respiratoires ;
- la santé cardiovasculaire ;
- les fonctions vésicales et intestinales ;
- la prévention des complications secondaires ;
- la qualité de vie et le bien-être.
De la réadaptation à la participation sociale: quand la SEF favorise un mode actif
Au-delà des avancées en neuroplasticité et en stimulation spinale, l’un des messages les plus marquants de l’IFESS 2026 a été l’importance accordée à l’activité physique, à la santé à long terme et à la participation sociale. Cette orientation était notamment illustrée par la présence du traditionnel événement de vélo avec SEF, devenu au fil des années un symbole du potentiel de la stimulation électrique fonctionnelle pour soutenir un mode de vie actif.
Le vélo SEF permet à des personnes vivant notamment avec une lésion de la moelle épinière de pédaler grâce à une activation électrique coordonnée des muscles des membres inférieurs. Toutefois, le vélo n’est aujourd’hui que l’une des nombreuses applications de la SEF. Les technologies sur le marché démontrent une intégration croissante de la SEF dans différents systèmes d’exercice et de réadaptation, notamment l’entraînement à la marche, les ergomètres, les rameurs, les exosquelettes et d’autres dispositifs favorisant l’activité physique et le reconditionnement cardiovasculaire.
Au-delà de la démonstration technologique, ces approches rappellent que la SEF peut contribuer au maintien de la condition physique, à l’entraînement cardiorespiratoire, à la prévention du déconditionnement et à l’amélioration de la santé globale.
Les discussions entendues à Lecco reflètent ainsi une conception plus globale de la neuroréadaptation. L’objectif n’est plus uniquement de restaurer une fonction neurologique, mais de permettre à la personne de retrouver un rôle actif dans sa vie personnelle et sociale. Dans cette perspective, la SEF apparaît comme un outil transversal qui soutient à la fois la récupération neurologique, la santé physique et la participation sociale, grâce à une collaboration étroite entre médecins, physiothérapeutes, ergothérapeutes, kinésiologues ou experts de l’activité physique adaptée, ingénieurs et chercheurs.
Conclusion
L’IFESS 2026 Conference confirme que la stimulation électrique fonctionnelle entre dans une nouvelle phase de maturité. Les avancées en neuroplasticité, en stimulation spinale, en robotique et en interfaces cerveau-machine continuent de repousser les limites de la récupération neurologique.
Mais le congrès a également montré que l’avenir de la SEF dépasse largement les murs des laboratoires et des centres de réadaptation. Son intégration croissante dans les programmes d’activité physique, les stratégies de maintien de la santé et les projets visant la participation sociale témoigne d’une évolution importante du domaine. La question n’est plus seulement de restaurer une fonction, mais de permettre aux personnes vivant avec une atteinte neurologique de vivre pleinement, de demeurer actives et de participer à la société.

