Sexualité, handicap … et physiothérapie

Sexualité, handicap ... et physiothérapie

La St-Valentin approche : On pense à l’amour, l’intimité et la sexualité. Qu’en est-il des personnes à mobilité réduite, en fauteuil roulant, paraplégiques ou quadraplégique?

La réadaptation sexuelle

Priorité à la sexualité !

Bien il faut savoir qu’après un accident, pendant la réadaptation, la priorité des personnes paraplégiques est la réadaptation sexuelle. Pour les quadriplégiques, elle arrive en deuxième place, tout de suite après le retour de la fonction des membres supérieurs. Un sondage a révélé que les principales raisons pour lesquelles les gens désirent poursuivre une activité sexuelle sont le besoin d’intimité, le besoin sexuel, l’estime de soi et le fait de garder un partenaire (1). Normal!

L’éducation et la réadaptation sexuelle sont souvent relayées à une équipe spécialisée – ou un seul spécialiste – qui peine à répondre à tous les besoins. La plupart des équipes ou spécialistes des centres d’expertise au Canada semblent manquer de connaissances et d’expertise en la matière (2). Au niveau mondial, cet aspect de la réadaptation est souvent jugé comme décevant ; les gens qui sont passés au travers du processus de réadaptation demeurent souvent avec des questions ou des besoins non répondus. Aussi, lorsque les professionnels de la santé ne peuvent ou ne veulent pas répondre à des questions concernant les problématiques sexuelles, les blessés médullaires ressentent frustration, déception, embarras et une forme d’intimidation (3).

L’interdisciplinarité

Dans la littérature scientifique, un modèle semble avoir de meilleurs résultats : C’est le modèle PLISSIT(3). Il implique la participation de toute l’équipe interdisciplinaire dans le processus de la réadaptation sexuelle, au travers les quatre différentes phases.

Le défi :

Le principal problème relevé à ce modèle, c’est la faible participation des professionels qui ne font pas partie de l’équipe spécialisée, c’est à dire les infirmières, ergothérapeutes, physiothérapeutes, etc. Pourquoi ? Le manque de connaissances en regard au sujet et l’inconfort à discuter du sujet sont les deux raisons relevées(3). Pour permettre au modèle de fonctionner, il faut donner une formation de base à tous les intervenants.  Les études ont démontré que de donner une formation adéquate aux professionnels augmente l’assurance des intervenants à discuter du sujet(3). Le but est de leur permettre de pouvoir agir au moins dans la première phase, et idéalement aussi dans la suivante.

Phase 1 :

La première phase consiste à s’informer : Est-ce que la personne veut parler de santé sexuelle ? En ressent-elle le besoin et si oui, avec qui se sent-elle le plus à l’aise d’aborder le sujet ? Ensuite, il faut  donner des sources d’informations générales (dépliants, livres, etc.), et mettre la personne au fait de l’existence de l’équipe de réadaptation sexuelle. Surtout, dans cette phase, il faut renforcir l’idée que la santé sexuelle fait partie intégrante de la réadaptation d’un blessé médullaire. Les professionnels de la santé devraient alors accorder autant d’importance aux problématiques sexuelles qu’à toute autre problématique physique (3). Il semble une meilleure pratique de ne pas hésiter à poser des questions très tôt sur des difficultés potentielles pour démontrer son ouverture à discuter de ces problématiques, en cas de besoin. Le tout doit être fait dans le respect et dans l’écoute.

Phase 2 :

La deuxième phase, c’est de donner des conseils spécifiques à certains aspects, sans entrer dans les difficultés spécifiques à l’individu. Ces aspects, ce sont les thérapies, aides techniques et médications, les questions de fertilité, les positions sexuelles, l’érection (lubrification pour la femme), l’éjaculation et l’orgasme. Il y a aussi l’image corporelle et l’estime de soi, ainsi que toutes les notions et l’anatomie et la physiologie de la dysfonction sexuelle. Il n’est pas attendu que tous les professionnels puissent adresser l’ensemble de ces sujets, mais bien ceux dans lesquels ils se sentent à l’aise, et sur lesquels leur champ d’expertise leur permet d’intervenir. Par la suite, ce qui déborde de ce cadre devrait être référé au spécialiste. Probablement que tout intervenant peut influencer l’image corporelle et l’estime qu’une personne blessée médullaire a d’elle-même, mais peu de professionnels peuvent répondre quant aux questions des interventions possibles pour favoriser la fertilité chez l’homme…

Par la suite, toutes les problématiques spécifiques à l’individu doivent être traitées dans les deux dernières phases du PLISSIT par l’équipe spécialisée.

Physiothérapie et réadaptation sexuelle

Plusieurs articles soulèvent l’importance de la physiothérapie dans la réadaptation sexuelle (4 & 5).  D’atteindre une forme physique fonctionnelle et le plus haut niveau d’autonomie possible sont des conditions indispensables pour augmenter la satisfaction sexuelle (5), et un but commun de la physiothérapie. Les nombreuses heures passées en thérapie entre thérapeute et patient peuvent permettre un climat détendu de confiance et favoriser la confidence. Aussi, la mobilité, le positionnement, la force, l’endurance et la spasticité sont des facteurs traités en physiothérapie qui peuvent influencer grandement la sexualité (ex: mobilité des hanches, spasticité des adducteurs) (5).

Formation

Pourtant, notre formation de base ne nous permet pas facilement d’intervenir… Pour ma part, avant ces lectures, je ne savais pas que je pouvais jouer un rôle. J’ai déjà observé un malaise chez des collègues lors de discussion de type “sexe conseil” entre deux patients. Pourtant, ces discussions sont précieuses : l’apport des pairs est une des méthodes d’informations les plus appréciées et jugée des plus utiles (1).

Une formation correcte aux professionnels de la santé devrait nous permettre de comprendre quels sont les moments clés pour aborder la question sexuelle, les stratégies d’approches, la connaissance des outils et méthodes d’intervention. Ou plus simplement, être sensibilisés sur le niveau auquel nous pouvons intervenir et être utile.

Les informations de base devraient être connues. Par exemple, la fertilité des femmes blessées médullaires n’est pas atteinte – elles peuvent enfanter. Les menstruations recommencent généralement dans les six mois après l’accident. Pour les hommes cependant, 85 % d’entre eux ont des problèmes de fertilité, surtout liés aux difficultés d’éjaculation, ou à l’altération de la production des spermatozoides. Ça ne veut pas dire que la vie sexuelle est compromise; des médications, appareils et interventions permettent érection et éjaculation. Aussi, il est prouvé que les gens qui apprennent à redécouvrir leur corps, explorer de nouvelles zones érogènes, avec partenaire ou seul, parviennent à développer une sexualité qu’ils trouvent plus satisfaisante (5).

Autre fait intéressant : dans la relation entre partenaires de vie, le conjoint devrait éviter de faire des soins quotidiens (ex: hygiène, catétérisme, etc.) ; Ces soins diminueraient l’attraction physique entre les deux partenaires (de part et d’autre) et la qualité de leur vie intime (5).

Vous voulez en apprendre plus ?

Vous êtes professionnel de la réadaptation physique et vous vous demandez en quoi vous pouvez être amené à aider la vie sexuelle d’une personne blessée médullaire ?

Premièrement, montrez-vous ouvert au dialogue.
Deuxièmement, je vous conseille de lire ceci : https://physiotherapyquarterly.pl/articles/2_2012_12-31.pdf

C’est le document le plus complet que j’ai trouvé concernant les symptômes et causes des problématiques sexuelles chez cette clientèle, et en quoi l’apport de tous les professionnels de la santé est utile (et attention plus particulière aux physiothérapeutes).

Aussi, je voulais vous partager un témoignage ; Il se trouve dans le document sur les perspective internationales des blessés médullaires rédigé par l’organisation mondiale de la santé (1).

«J’ai subi une lésion de la moelle épinière en T10 quand j’étais très jeune, et être une utilisatrice de fauteuil roulant faisait naturellement partie de ma vie. Ayant grandi dans une région rurale des Etats-Unis, je me sentais à l’aise et j’avais une image très positive de moi. Cependant, je n’étais jamais sûre si j’allais trouver un partenaire, et je me sentais souvent découragée de ne pas avoir autant de fréquentations amoureuses que mes amies. Maintenant, je vis une relation amoureuse stable et je compte me marier l’année prochaine. Si je regarde en arrière, je me rends compte que les seules limitations auxquelles j’ai vraiment dû faire face sont celles que je me suis moi-même imposées, en raison d’un manque de confiance en moi en ce qui concerne les relations amoureuses et la sexualité. En tant que femme handicapée, je devais être encore plus ouverte, franche, honnête et confiante avec les hommes, parce qu’il y avait tellement de questions inhérentes à cette affaire, telles que : « Comment cela va marcher ? » ou « Pouvezvous avoir des relations sexuelles ? ». Une fois que ces questions ont été posées, les choses se déroulent naturellement comme elles le feraient dans n’importe quelle relation ! » (Cheri, États-Unis)
Vous avez un handicap et cherchez de l’information, du support ?

ACSEXE est un projet lancé par la Fédération Québecoise pour le Planning des Naissances (FPQN). Il s’agit d’une plateforme multimédia pour parler de sexualité positive et de handicap au Québec. Elle promouvoit la différence dans la sexualité. Elle propose une série de billets publiés sur l’amour et la sexualité des personnes qui ont des handicaps. https://www.fqpn.qc.ca/acsexe/

J’ai bien aimé leur billet – 5 conseils pour trouver l’amour en ligne lorsqu’on a un handicap https://www.fqpn.qc.ca/acsexe/5-conseils-trouver-lamour-ligne-lorsquon-a-handicap/

Vous pouvez également les suivre sur facebook. Ils ont d’ailleurs partagé un billet plutôt comique intituté : «I Beg Your Pardon? Dealing with Rude Nondisableds » (Je vous demande pardon ? Comment faire face aux commentaires grossiers des gens non-handicapés). https://www.scarleteen.com/i_beg_your_pardon_dealing_with_rude_nondisableds

Ce n’est qu’un des billets de www.scarleteen.com. Ce site offre toute une collection de billets de blogue  “Sex and Disability” très intéressante, traitant de sexualité et de handicap physique et mental.

Joyeuse St-Valentin !

 

Bibliographie

(1) Organisation Mondiale de la Santé (2013) Lésions de la Moelle épinière : Perspectives Internationales [en ligne] https://apps.who.int/iris/bitstream/10665/131503/1/9783033046399_fre.pdf

(2) Craven, C. Verrier, M. Balioussis, C. Wolfe, D. Hsieh, J. Noonan, V. Rasheed, A. Cherban, E. (2012), Rehabilitation environmental scan atlas : Capturing capacity in canadian SCI rehabilitation [en ligne] https://rickhanseninstitute.org/images/stories/ESCAN/RHESCANATLAS2012WEB_2014.pdf

(3) Hartshorn, C., D’Castro, E., & Adams, J. (2013). ‘ SI- SRH’ – a new model to manage sexual health following a spinal cord injury: our experience. Journal Of Clinical Nursing, 22(23/24), 3541-3548. doi:10.1111/jocn.12449

(4) Cencora, M. Pasiut, S. (2012) Sexual Rehabilitation after spinal cord injury, Fizjoterapia, 20(2) p. 12-31 https://physiotherapyquarterly.pl/articles/2_2012_12-31.pdf

(5) Khanal, D. (2013) Education on Sexual Life in Spinal Cord Injury Patients: A Missing Link in Physiotherapy, Journal of Novel Physiotherapies, 3(1), https://www.omicsonline.org/open-access/education-on-sexual-life-in-spinal-cord-injury-patients-a-missing-link-in-physiotherapy-2165-7025.1000124.pdf