Neurologie et Courbatures – Être « raqué » – Douleurs musculaires d’apparition retardée

Neurologie et Courbatures – Être « raqué » - Douleurs musculaires d’apparition retardée

« Quand je m’entraîne, j’ai toujours peur d’en faire trop. Parfois, je suis sur le carreau pendant un bon trois jours; j’ai des douleurs et je ressens une grande faiblesse… ». C’est peut-être quelque chose que vous avez dit récemment;  Une conversation que vous avez eu avec votre entraîneur ou votre thérapeute en réadaptation. Peut-être même s’est-il réjouit! Non, ce n’est pas parce que c’est un sadique. Je vous explique :

On parle de courbatures. Terme plus fréquemment employé au Québec : « être raqué ». Terme scientifique : Douleur musculaire d’apparition retardée (de l’anglais « delayed-onset muscle soreness » ou DOMS).

C’est quoi, être raqué?

C’est être inconfortable (certains diront ressentir de la douleur) suite à un exercice physique. La douleur n’apparaît généralement pas tout de suite après, mais environ 24 à 48 heures plus tard(1), et dure pour deux à trois jours. Certains ressentent une faiblesse associée; une fatigue.

C’est normal?

Rassurez-vous, c’est normal, et ça passe rapidement, sans besoin de faire quoi que ce soit de particulier.

Ce qui est normal, c’est de ressentir cette douleur ou inconfort au niveau de ses muscles (dans le mollet, dans la cuisse, etc.), surtout au mouvement (pas au repos). Ce qui n’est pas normal, c’est d’avoir de la douleur dans ses articulations (les genoux, la cheville, le coude, etc.). Dans ce cas, il ne s’agit pas de simples courbatures, et mieux vaut demander conseil à un spécialiste pour revoir votre méthode d’exercice et d’entraînement.

Oui mais pourquoi se réjouir?

On a associé ces douleurs musculaires à une hypertorphie du muscle. Vous êtes raqué? Cela veut dire que votre muscle grossit, et est en train de devenir plus fort(1) : C’était l’objectif, non?

Pourquoi on ressent ça?

Être raqué, c’est un phénomène connu et reconnu depuis bien longtemps. Cependant, à ma grande surprise, la cause exacte n’est pas encore déterminée.

Si on fait un bref historique, il y a plusieurs années, on croyait qu’il s’agissait d’une accumulation d’acide lactique au niveau des muscles. En fait, l’acide lactique est plutôt responsable de l’inconfort que l’on ressent à la fin de l’exercice – ces fameuses dernières répétition tellement pénibles (1)!

On a aussi établi un lien clair entre les exercices excentriques et les courbatures(1). C’est quoi, un exercice excentrique? Oubliez l’image du type habillé en rose sur le tapis roulant avec un chapeau de plumes; Lorsqu’on parle d’excentrique pour un exercice, c’est un exercice en étirement du muscle. Par exemple, déplier le coude en contrôle pour déposer quelque chose de lourd sur la table; Contrairement à plier le coude pour soulever ce même truc lourd (exercice concentrique). Autre exemple : Plier lentement les genoux en retenant un poids avant de le déposer au sol (squat).

Ce serait donc à cause des micro-traumas aux muscles(1-2-3-4). Le muscle, après un exercice non habituel ou plus vigoureux, subit des petites déchirures microscopiques, et ce serait ce qui cause l’inconfort musculaire. La réparation se fait rapidement, si on ne sollicite pas le muscle dans des intensités extrêmes pour les 48-72 heures suivantes.

C’est pour cela qu’on recommande de faire les exercices de renforcement musculaire aux deux jours; Pour laisser le temps au muscle de se réparer.

Bonne nouvelle par contre, il y a un effet protecteur, observé en clinique, appelé « L’effet des séances répétées » (de l’anglais : « repeated-bout effect »)(3-4). Le muscle se protégerait des micro-traumas, et en subirait moins. Vous n’avez donc pas à éviter les exercices excentriques. Plus on s’entraîne, moins on est raqué. Allez, un petit coup de cœur; Ça sera de plus en plus facile, et de moins en moins inconfortable. Courage!

 

Oui mais moi, c’est pas pareil; j’ai une condition neurologique.

Le lien avec les conditions neurologiques? Aucune étude n’a étudié les courbatures chez les gens ayant de telles conditions (sclérose en plaques, AVC, parkinson, blessés médullaires, etc.). Est-ce que les courbatures sont ressenties différemment? Durent plus longtemps? Sont plus incapacitantes? Bonnes questions!

Un groupe de chercheur a fait une découverte concernant la neurologie : Lors d’observations sur des rats, il semblerait y avoir une sensation de courbature, sans trauma ou autre signe d’inflammation (ce qui réfute la théorie du microtraumatisme). Cependant, il y aurait une présence accrue de neurotransmetteurs (substances chimiques sécrétées par les muscles pour activer les neurones). La conclusion serait que ce n’est pas seulement l’hypertrophie du muscle qui serait douloureuse, mais aussi l’activation et le développement du réseau nerveux autour(5-6).

Est-ce que les courbatures sont vécues différemment chez une personne avec une atteinte neurologique? Considérant qu’en réadaptation et entraînement physique, on travaille autant sur le renforcement du muscle que sur le renforcement du signal nerveux, et que la présence augmentée de ces neurotransmetteurs semblent avoir un lien avec les courbatures, ce serait une hypothèse intéressante à explorer.

 

Qu’est-ce qui fonctionne pour enlever les courbatures?

Le temps et le repos est ce qui semble fonctionner le mieux. Comme je vous disais, ça disparaît tout seul. Aussi, l’effet des séances répétées n’est pas à négliger; Plus on s’entraîne, moins on est « raqué ». Alors, on tient bon!

Quelques trucs ont été étudiés, et peuvent diminuer (mais pas faire disparaître) les courbatures. Désolée : Elles sont inévitables!

Voici quelques exemples : La stimulation électrique fonctionnelle(7), le massage (qui fonctionne peu, et chez quelques personnes seulement – mais ça ne peut pas faire de tort, et c’est agréable!)(8), la chaleur appliquée tout de suite après l’exercice(9), et manger du curcuma(10)!

Vous voulez en savoir plus?

Un long blogue, très complet sur les courbatures (en anglais par contre)

https://www.painscience.com/articles/delayed-onset-muscle-soreness.php

 

Bibliographie

(1) Croisier, J., Camus, G., Forthomme, B., Maquet, D., Vanderthommen, M., & Crielaard, J. (2003). Delayed onset muscle soreness induced by eccentric isokinetic exercise. Isokinetics & Exercise Science11(1), 21-29.

(2) Schoenfeld, B.J. et Contreras, B. (2013) Is post exercise muscle soreness a valid indicator of muscular adaptations? National strenght and conditioning association, 35(5), p.16-21.

(3) Hody, S., Rogister, B., Leprince, P., Laglaine, T., & Croisier, J. -. (2013). The susceptibility of the knee extensors to eccentric exercise-induced muscle damage is not affected by leg dominance but by exercise order. Clinical Physiology & Functional Imaging33(5), 373-380. doi:10.1111/cpf.1204

(4) Nosaka, K. Newton, M. (2002) Repeated eccentric exercise bouts do not exacerbate muscle damage and repair. J Strength Cond Res ; 16: 117–122.

(5) Mizumura, K. Taquchi, T. (2016), Delayed-onset muscle soreness : Involvement of neurotrophic factors, Journal of Physiologic Sciences, 66(1), p. 43-52.

(6) Ayles, S. Graven-Nielson, T. Gibson, W. (2011), Vibration-induced afferent activity augments delayed-onset muscle allodynia, Journal of Pain, 12(8), p. 884-891.

(7) FERGUSON, R; DODD, M; PALEY, V. Neuromuscular electrical stimulation via the peroneal nerve is superior to graduated compression socks in reducing perceived muscle soreness following intense intermittent endurance exercise. European Journal of Applied Physiology. 114, 10, 2223-2232, Oct. 2014.

(8) Jay, K., Sundstrup, E., Søndergaard, S. D., Behm, D., Brandt, M., Særvoll, C. A., & … Andersen, L. L. (2014). SPECIFIC AND CROSS OVER EFFECTS OF MASSAGE FOR MUSCLE SORENESS: RANDOMIZED CONTROLLED TRIAL. International Journal Of Sports Physical Therapy9(1), 82-91.

(9) PETROFSKY, J; et al. The Efficacy of Sustained Heat Treatment on Delayed-Onset Muscle Soreness. Clinical Journal of Sport Medicine. 27, 4, 329-337, July 2017.

(10) Nicol, L., Rowlands, D., Fazakerly, R., & Kellett, J. (2015). Curcumin supplementation likely attenuates delayed onset muscle soreness (DOMS). European Journal Of Applied Physiology115(8), 1769-1777.

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