Blessés médullaires – Comment prévenir les douleurs aux bras

Blessés médullaires - Comment prévenir les douleurs aux bras

En cas de lésion médullaire complète, lorsque les jambes ne répondent plus, l’indépendance dépend des membres supérieurs – des bras. Il est donc primordiale de les maintenir en forme, et loin des douleurs incapacitantes. Pourtant, les douleurs aux épaules, coudes et poignets sont fréquentes. Chez les blessés médullaires, 31-73% ressentent des douleurs aux épaules, 49-73% présentent un syndrome du tunnel carpien (condition au poignet). En tout, 59% des quadriplégiques ressentent des douleurs au bras. Pour les paraplégiques, c’est 41%.

Pourquoi?

On trouve plusieurs causes, les principales sont en lien avec la posture, la méthode de propulsion de la chaise roulante, et puis les transferts.

Les trucs pour éviter les douleurs

Plusieurs études ont été faites sur le sujet. En 2005, un guide a été publié à l’intention des professionnels de la santé pour la prévention des conditions douloureuses des bras. Il y a déjà un bout de temps. En 2015, une étude a été faite : Bonne nouvelle, les recommandations sont encore d’actualité. Mais les pratiques sont encore à peaufiner.

Série de recommandation #1 - Le fauteuil roulant

Diminuer la cadence

Les douleurs aux bras peuvent être causées par des mouvements répétitifs. À partir de quand on appelle ça un mouvement répétitif? Plus de 1 poussée par seconde. Pour éviter les douleurs, on prône de grands mouvements lents plutôt que de petits mouvements rapides.

Augmenter le temps de contact avec le cerceau

Comment faire pour diminuer la cadence? On fait de plus grandes poussées, et pour ça, il faut augmenter l’amplitude du mouvement; Prendre le cerceau en arrière et l’amener le plus loin possible en avant. On favoriser la technique semi-circulaire plutôt que l’arc.

Pourquoi la semi-circulaire? Je fais beaucoup moins de poussées!

Oui, c’était l’objectif; diminuer la cadence. Et aussi, favoriser que le bras passe sous le cerceau avant d’entreprendre une autre poussée. Ça permet un temps de repos efficace pour le bras entre chaque poussée.

Je n’y arrive pas; je ne peux pas aller si loin en arrière sur mon cerceau

C’est peut-être à cause de la posture. On favoriser une posture du tronc le plus « vers l’avant » possible, sans nuire à l’équilibre. On évite donc d’être basculé en arrière, ou « assis sur ses reins ». On adapte la chaise en conséquence avec une bascule, au besoin. Aussi, on place le siège le plus bas possible par rapport à la roue, pour avoir une position optimale (angle de 100-120° pour le coude quand au sommet du cerceau de propulsion).

S’assurer d’une bonne mobilité des articulations

Si vous avez des rétractions importantes vous empêchant de pouvoir relever votre poignet en extension,ça peut affecter votre manière de vous propulser, augmenter la rotation interne, et donc créer des douleurs.

Le poids

La force demandée pour faire avancer le fauteuil roulant devrait être la moindre possible. Qu’est-ce que ça veut dire? Un fauteuil léger est mieux, mais aussi de bonnes roues, de bons essieux, des pneus bien gonflés. Le moins de résistance possible, le plus aérodynamique possible! Ça veut aussi dire d’être soi-même le plus léger possible: Éviter l’embonpoint. Ça allège le travail au fauteuil roulant, mais aussi lors des transferts.

Série de recommandations #2- Les transferts

Éviter d’aller vers une surface plus haute

Aller vers une surface plus haute est plus stressant pour les bras. Aller vers une surface égale ou plus basse est à privilégier. Comme ce n’est pas toujours possible, il existe des sièges motorisés permettant d’ajuster la hauteur du fauteuil roulant.

Éviter l’extension complète du poignet (lorsque possible)

Pour éviter le fameux syndrome du tunnel carpien, il est préférable de garder le poignet dans une position neutre, lorsque possible, comme en plaçant sa main en poing plutôt qu’à plat sur le lit pendant le transfert. Aussi, des poignées mobiles existent et permettent une position plus neutre du poignet. Malheureusement, c’est souvent une technique impossible pour les gens quadriplégiques.

Varier les techniques

Si possible, essayez de ne pas transférer toujours du même côté. Variez les plaisirs, et allez à gauche (ou à droite) une fois de temps en temps. Si vous avez déjà mal à l’épaule, votre douleur pourrait être diminuée si vous menez avec le bras douloureux (transférer à gauche si vous avez mal à l’épaule gauche). Plier en pencher le tronc au dessus de ce bras permet une meilleure transmission des forces. Aussi, pour soulager votre siège de la pression, alternez aussi les techniques. Penchez vous vers l’avant et sur les côtés; N’employez pas seulement la technique de soulever les fesses avec les bras.

Série de recommandations #3 - Les exercices

Toute personne blessée médullaire devrait avoir un programme d’exercices pour éviter les douleurs aux membres supérieurs. Ce programme devrait comprendre des étirements et des exercices de renforcement. Vous n’en avez pas? Consulter un professionnel de la santé ou de l’entraînement physique serait une très bonne idée. Les études ont démontré la pertinence de ceux-ci :

Étirements

Les étirements devraient être faits au minimum 2-3 X / semaine. On maintient la position 30s à 2 mins. On se concentre sur la rotation externe d’épaule, les trapèze, et la rétraction de l’omoplate (rapprocher les omoplates ensemble, derrière) pour étirer les muscles pectoraux.

Renforcements

Le guide recommande de 8 – 10 exercices, 8 -12 répétitions, 2-3 fois / semaine. On devrait se concentrer sur les muscles qui permettent un abaissement de l’omoplate (ex : les grands dorsaux) et la stabilisation de l’omoplate.

Éviter la rotation interne de l’épaule

Ça ressemble à quoi une rotation interne de l’épaule? Le bras ballant, c’est quand la paume de la main est vers l’arrière (ou à l’extrême, vers l’extérieur). Le bras levé en avant, c’est quand la paume est vers le bas, (ou à l’extrême, vers l’extérieur). Le bras levé sur le côté, la paume est vers le bas. Si le coude est plié, votre avant-bras sera sous le niveau du coude. Évitez ces positions lors de vos exercices, de votre propulsion, de vos transferts, et même quand vous dormez.

Vous voulez en apprendre plus ?

Bibliographie

Professionnels de la santé, allez voir le guide de pratiques pour préserver la fonction des membres supérieurs:

(1) Consortium for spinal cord medicine – Paralyzed Veterans of America (2005) Preservation of Upper Limb function following spinal cord injury : A clinical practice guideline for health-care professionals (disponible en ligne) <http://www.pva.org/CMSPages/GetFile.aspx?guid=046ed316-900d-4126-a2db-88bc510d9d94>
(2) Sawatzky, B., DiGiovine, C., Berner, T., Roesler, T., & Katte, L. (2015). The Need for Updated Clinical Practice Guidelines for Preservation of Upper Extremities in Manual Wheelchair Users. American Journal Of Physical Medicine & Rehabilitation, 94(4), 313-324. doi:10.1097/PHM.0000000000000203
(3) Boninger, M. L., Koontz, A. M., Sisto, S. A., Dyson-Hudson, T. A., Chang, M., Price, R., & Cooper, R. A. (2005). Pushrim biomechanics and injury prevention in spinal cord injury: Recommendations based on CULP-SCI investigations. Journal Of Rehabilitation Research & Development, 429-19. doi:10.1682/JRRD.2004.08.0103