La thérapie miroir en réadaptation neurologique

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La thérapie miroir est une technique par leurre sensoriel et est classifiée dans les thérapies cognitivo-comportementales. Elle donne à la personne l’illusion grâce au reflet de son membre sain dans le miroir, d’un membre controlatéral normal. En réadaptation neurologique, l’utilisation du miroir peut être une technique intéressante pour aider les patients à récupérer et à rééduquer leur fonction motrice et sensorielle. Plusieurs hypothèses tentent d’expliquer l’effet de la thérapie miroir, elles s’appuient sur le concept de plasticité cérébrale, sur l’activation des neurones miroirs et sur la préférence du cerveau à exploiter les afférences visuelles par rapport aux afférences somesthésiques (toucher et proprioception). Les travaux de l’équipe du Dr Moseley en Australie ont contribué fortement à l’extension de l’utilisation de cette technique. 

Voici quelques façons dont le miroir peut être utilisé dans ce contexte : 

Miroir pour la rééducation motrice : Dans les cas de lésions cérébrales ou de maladies neurologiques affectant la motricité, un miroir peut être utilisé pour fournir une rétroaction visuelle pendant les exercices de rééducation. Par exemple, un patient ayant subi un AVC et présentant une hémiplégie peut utiliser un miroir pour visualiser le mouvement de son côté affecté pendant les exercices de rééducation. Cela peut aider à stimuler l’activité des régions cérébrales responsables du contrôle moteur et à améliorer la coordination et la force musculaire. Les mécanismes sous-jacents reposent sur l’activation des neurones miroirs. Ces neurones moteurs présents dans le cortex prémoteur s’activent lorsque la personne réalise ou imagine une action et lorsqu’elle observe une autre personne exécuter un mouvement. Les neurones miroirs permettent l’apprentissage de nouvelles tâches motrices par imitation. Par conséquent, le fait d’observer le mouvement de la main saine dans le miroir, activeraient les neurones miroirs qui faciliteraient le mouvement de la main lésée. Lors de certaines lésions incomplètes, les neurones miroirs encore présents pourraient être « dormants » et d’une certaine manière inhibés. La rétroaction visuelle miroir permettrait alors de stimuler ces neurones en fournissant l’apport visuel nécessaire à la réactivation de ces neurones visuomoteurs. L’activité des neurones miroirs permettrait de palier le décalage entre la commande motrice et la motricité attendue et de ce fait, désapprendre la paralysie. 

Miroir pour la rééducation sensorielle : Dans les cas où les patients ont des troubles de la perception sensorielle, tels que des troubles du schéma corporel ou des troubles de la proprioception, le miroir peut être utilisé pour fournir une rétroaction visuelle sur leur posture et leurs mouvements. Par exemple, un patient souffrant de négligence spatiale unilatérale peut en complément de l’imagerie motrice, utiliser un miroir pour aider à sensibiliser son attention à son côté négligé en visualisant son reflet. De plus, l’hyperactivité du côté sain peut également être une des conséquences de la lésion cérébrale. L’hémisphère lésé n’est plus en capacité d’inhiber l’hémisphère sain qui « prend le dessus » sur lui et aggrave la négligence. Peut-on alors émettre l’hypothèse que le sujet en observant son membre sain bouger dans le miroir, donnant ainsi l’illusion qu’il s’agit du membre lésé, stimule l’activité de l’hémisphère atteint et par conséquent atténue la négligence ? 

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Miroir pour les douleurs des membres fantômes  et les douleurs neuropathiques: Les douleurs auraient pour origine un conflit entre la commande motrice et les afférences sensorielles et proprioceptives. Le feed-back visuel du miroir en facilitant la perception du membre lésé, permettrait de rétablir une cohérence entre le système moteur et le système sensoriel. Une autre hypothèse serait que les douleurs après amputation ou suite à une paralysie d’un membre seraient consécutives à la réorganisation corticale des zones cérébrales impliquées dans le contrôle du membre. Plus la réorganisation corticale est importante plus les douleurs sont intenses. La thérapie miroir semblerait limiter cette réorganisation pathologique et par conséquent réduire les douleurs, en suppléant le membre manquant, qui ne peut plus envoyer de message sensitif au cortex. 

Miroir pour le Syndrome Douloureux Régional Complexe : Dans le Syndrome Douloureux Régional Complexe (SDRC), l’efficacité de la thérapie miroir semblerait comme pour les douleurs des membres fantômes reposer sur la réorganisation corticale. Mais une autre hypothèse est émise, celle-ci évoque que les troubles sensitifs présents dans le SDRC modifieraient l’élaboration des représentations corporelles et la programmation du mouvement et conduiraient à l’exclusion du membre. La thérapie miroir favoriserait l’attention portée au membre douloureux par le message visuel qu’elle renvoie, et améliorerait la perception consciente du membre, diminuant ainsi les douleurs. Enfin, en reprenant les travaux de Mc Cabe les auteurs évoquent une autre explication, celle selon laquelle la thérapie miroir « participerait à la désensibilisation du membre douloureux en interrompant le lien entre le mouvement d’un membre et la douleur provoquée par ce mouvement ». En somme, l’expérience d’un mouvement non douloureux, possible grâce au reflet du membre sain dans le miroir, permettrait d’inhiber la douleur liée à la production du mouvement. Ce que le cerveau a mémorisé comme douloureux va être « effacé » grâce au miroir. 

Miroir pour la rééducation cognitive : Enfin, le miroir peut également être utilisé dans la rééducation cognitive pour aider les patients à améliorer leur perception de soi et leur conscience corporelle après une lésion cérébrale. En travaillant avec un thérapeute, les patients peuvent utiliser le miroir pour explorer et reconstruire leur image corporelle et leur identité personnelle à la suite de changements physiques ou neurologiques. 

Au niveau pratique, la thérapie miroir est majoritairement utilisée par les ergothérapeutes et les kinésiologues dans les services de réadaptation neurologiques. La thérapie miroir est une technique de rééducation qui nécessite l’adhésion totale du patient et son entière coopération. Un patient avec des troubles cognitifs très importants ou anosognosique ne pourra pas bénéficier de la thérapie miroir. Le choix du miroir est important car il est garant de la qualité de l’illusion visuelle, critère essentiel de cette thérapie. Il varie selon que l’on souhaite faire travailler le membre supérieur, le membre inférieur ou l’hémicorps complet. Il ne doit être ni trop grand (pour ne pas refléter des éléments non pertinents), ni trop petit pour éviter que le membre ne « dépasse » et compromette l’illusion visuelle.  

Si vous souhaitez accéder à la thérapie miroir, prenez rendez-vous avec un de nos ergothérapeutes ou kinésiologues. Ils vous accompagneront tout le long de votre programme de réadaptation par thérapie miroir.